Gros-Horloge et Palais de Justice de Rouen

Chaque fois que je me déplace dans la rue du Gros-Horloge, j’ai le même réflexe : lever la tête. Cette artère piétonne, est l’une des plus animées du centre historique de Rouen. Elle concentre en quelques dizaines de mètres deux des monuments les plus emblématiques de la ville : un beffroi médiéval et un palais de justice gothique, sans compter un vestige juif millénaire caché sous ce dernier, des les façades d’immeubles anciens. C’est ce secteur, entre horlogerie astronomique et architecture civile flamboyante, que je vous propose de parcourir.

Le Gros-Horloge, une horloge astronomique vieille de six siècles

Le Gros-Horloge est sans doute le monument le plus photographié de Rouen. L’ensemble architectural mêle un beffroi gothique du XIVe siècle et une arche Renaissance qui enjambe la rue.

Le beffroi est construit entre 1389 et 1398 par Jehan de Bayeux pour abriter les cloches communales, symboles de l’autonomie acquise par la ville. Le mécanisme de l’horloge, fabriqué à la même époque, compte parmi les plus anciens d’Europe encore conservés. Au XVIe siècle, entre 1527 et 1529, l’arche Renaissance richement sculptée vient relier le beffroi à l’ancien hôtel de ville, créant cette silhouette si reconnaissable qui enjambe la rue.

Le cadran, de 2,50 mètres de diamètre, ne possède qu’une seule aiguille, terminée par un agneau, un clin d’œil à l’Agnus Dei du blason de la ville. Au-dessus, un globe indique les phases de la lune, tandis qu’un semainier fait défiler chaque jour une divinité allégorique différente. Partout dans le décor sculpté, des moutons rappellent l’importance de l’industrie drapière dans la prospérité médiévale de Rouen. Classé monument historique dès 1862, le Gros-Horloge se visite aujourd’hui de l’intérieur. On y découvre le mécanisme ancien, la salle des cloches, et surtout un panorama assez spectaculaire sur les toits du vieux Rouen, depuis le sommet du beffroi.

Le Palais de Justice, chef-d’œuvre du gothique civil

À quelques pas du gros horloge, rue aux Juifs, se dresse le Palais de Justice de Rouen, l’un des rares grands édifices d’architecture gothique civile conservés en France. Sa construction débute en 1499, sur ordre de Louis XII, pour accueillir l’Échiquier de Normandie, la haute cour judiciaire et financière de la province. L’aile ouest, la plus ancienne, illustre à elle seule la richesse du gothique flamboyant.

Le bâtiment se révèle vite trop exigu et, dès 1508, on lui adjoint un corps central, le « Palais Royal », dont l’ornementation dépasse encore celle de l’aile d’origine. En 1515, François Ier transforme l’Échiquier en Parlement de Normandie, qui siégera dans ces murs jusqu’à la Révolution. L’aile est et l’extrémité de l’aile ouest, avec sa tour de l’horloge, ne seront achevées qu’à la fin du XIXe siècle.

L’histoire du XXe siècle y a laissé ses traces. Les bombardements d’avril 1944 ont gravement endommagé l’édifice, et les impacts d’obus sur les façades ouest et nord ont été volontairement conservés lors de la restauration, comme une cicatrice assumée. Depuis la rue, on peut apercevoir la cour d’honneur et l’élégante tourelle à pans coupés, ainsi que la profusion de gargouilles, pinacles et balustrades qui font tout le raffinement du lieu.

Galerie photo du palais de justice

La Maison sublime, un vestige juif médiéval sous le Palais

C’est sans doute la curiosité la moins connue du secteur. Lors de fouilles menées en 1976 dans la cour d’honneur du Palais de Justice, les archéologues ont mis au jour un édifice exceptionnel daté du XIe ou du XIIe siècle : la Maison sublime, aussi appelée monument juif de Rouen.

Il n’en subsiste aujourd’hui que la cave et des bases impressionnantes, mais ce vestige n’en reste pas moins l’un des plus anciens témoignages de la présence juive médiévale en France. Le Palais de Justice a justement été construit sur l’emplacement de l’ancien quartier juif de la ville. La fonction exacte de ce vestige demeure incertaine : synagogue, école rabbinique ou demeure privée d’un notable ?

La rue du Gros-Horloge, artère vivante entre deux monuments

Entre ces trois sites, la rue du Gros-Horloge elle-même mérite qu’on s’y attarde. Principale voie piétonne du centre historique, elle relie la place du Vieux-Marché à la cathédrale et concentre boutiques, façades à pans de bois et flux constant de passants.

Informations pratiques

Le Gros-Horloge se visite tous les jours de 10h à 13h et de 14h à 19h, sauf le lundi. Le Palais de Justice, rue aux Juifs, se découvre en partie depuis l’extérieur. La cour d’honneur et la Maison sublime peuvent faire l’objet de visites guidées ponctuelles, notamment lors des Journées européennes du patrimoine.

Pour aller plus loin…

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *