Cichlidés du Lac Malawi

Mchenga flavimanus

Mchenga flavimanus (Iles, 1960)

Description

Description originale : Iles, T. D. 1960 – A group of zooplankton feeders of the genus Haplochromis (Cichlidae) in Lake Nyasa. Annals and Magazine of Natural History (Series 13) v. 2 (no. 17) [1959]: 257-280.

L’espèce a été décrite sous Haplochromis flavimanus à partir de spécimens collectés à Nkata Bay, près de Chikale Beach, comprenant l’holotype BMNH 1962.10.18.11. et 19 paratypes (dont 9 BMNH 1962.10.18.12-20). 

Synonymes :

  • Haplochromis flavimanus Iles, 1960
  • Cyrtocara flavimanus (Iles, 1960)
  • Copadichromis flavimanus (Iles, 1960)

Le nom d’espèce, flavimanus, signifie « main jaune » et fait référence aux nageoires pelviennes et anale qui sont jaunes chez les femelles et les juvéniles de l’espèce. Il s’agit d’une des caractéristiques permettant de distinguer Mchenga flavimanus des autres espèces du genre. On peut également citer parmi ces caractéristiques un pédicelle prémaxillaire court, de 30 à 36 % de la longueur de la tête.

Mchenga flavimanus, juvénile avec ses nageoires jaunes
Mchenga flavimanus, juvénile avec ses nageoires jaunes

L’espèce

Dans le milieu naturel, les mâles atteignent aisément les 12 centimètres alors qu’en aquarium, ils seront généralement plus grands. Mon mâle mesure environ 17 centimètres, la femelle étant légèrement plus petite. L’espèce est dépourvue de marque sur le corps.

Mchenga flavimanus, mâle en robe de frai
Mchenga flavimanus, mâle en robe de frai

Distribution et habitat

Dans le lac, Mchenga flavimanus est rencontré à Chitande Island, Mbowe et Kande Island.

Comportement, reproduction

Les mâles, observés dans leur milieu naturel, construisent leur site de ponte en forme de cuvette, dans l’habitat sablonneux. Des mâles en parure de reproduction peuvent être rencontrés près de leurs constructions regroupées en de vastes leks. Certains peuvent réaliser leurs constructions au-dessus d’un gros rocher présent dans les environs. Ce rocher est alors utilisé comme substrat de fond. La bordure des cuvettes réalisée est continue, sans aucune roche pour l’interrompre, ce qui les distingue des espèces du genre Copadichromis construisant des sites de ponte, mais adossés aux rochers.

Expérience aquariophile

En mai 2008, lors du congrès d’Arlon, Philippe Hotton proposait à la bourse un groupe de 4 Mchenga flavimanus adultes, 1 mâle et 3 femelles. J’étais assez tenté, mais ne voyant pas trop dans quel bac les accueillir, j’ai hésité toute la journée, à savoir si je les prenais ou pas. En fin de journée, avant le départ, Philippe ne m’a pas laissé le choix. Une fois mis en seau, il m’en a fait cadeau, en me précisant que je n’avais plus qu’à envisager un article pour la revue en contrepartie, tâche à laquelle je me suis attelé (article format pdf).

Mchenga flavimanus, l'une des femelles, dans le bac de bourse de Philippe Hotton (Arlon, mai 2008)
Mchenga flavimanus, l’une des femelles, dans le bac de bourse de Philippe Hotton (Arlon, mai 2008)

Les 4 spécimens ont donc pris la route depuis la Belgique pour rejoindre la Normandie. L’arrivée à Vernon ne s’est faite qu’après plusieurs heures de trajet en seau.. Par curiosité, lors d’un arrêt au club qui s’est imposé pour déposer les espèces acquises pour celui-ci, j’ai ouvert le seau afin de voir comment s’était passé le voyage. Là, catastrophe ! Deux spécimens étaient raides morts et les 2 autres agonisaient, couchés sur le fond, avec une respiration accélérée ! Nous aurions dû les séparer pour le voyage ! Pas le temps de cogiter, après avoir retiré les 2 morts, je pris un grand seau que je remplis à parts égales d’eau d’un aquarium et d’eau du robinet et j’y introduis directement les deux spécimens agonisants ! Après un petit quart d’heure, les poissons ont repris une position verticale et une respiration plus régulière ! Me voilà soulagé ! Il en restait tout de même deux qui, après vérification, s’avérèrent être le mâle et l’une des femelles. Arrivés à la maison, les spécimens sont introduits dans l’un des aquariums les moins peuplés, mais pas spécialement adapté à leur maintenance.

En fin d’année 2008, un nouveau bac de 520 litres est installé dans la fishroom et le couple de Mchenga finit par y prendre place, avec un petit groupe de Mylochromis lateristriga Makanjila. La maintenance reste simple. Le comportement est grégaire et le couple accepte un peu tout type de nourriture, avec une préférence pour la mixture maison.

En juillet 2009, en allant nourrir mes poissons, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une construction de sable en forme de cuvette d’une cinquantaine de centimètres dans le bac. La cuvette était tout de même appuyée sur l’angle avant droit de l’aquarium, certainement par manque de place. Le mâle qui arborait une superbe robe de parade était suivi de sa femelle, dont l’oviducte proéminent était bien visible. L’aquarium étant installé en partie basse, je pris place à même le sol pour observer le spectacle. Le couple se baladait dans le bac. Le mâle chassait régulièrement les intrus s’approchant du nid et, parfois, venait l’entretenir, en déplaçant quelques bouchées de sable. La femelle cherchait à se montrer au mâle, mais celui-ci ne semblait pas se préoccuper d’elle, ses seuls soucis semblant concerner les intrus et son nid.

Pendant près de deux heures, je restai sur place, à observer le spectacle et réaliser quelques photos. Mais rien, pas de changement dans les comportements. J’ai attendu la ponte, mais elle ne s’est pas produite. J’ai fini par retourner vaquer aux activités familiales, en multipliant les allers-retours pour surveiller la tournure des événements. Mais rien ! Vers une heure du matin, j’ai fini par aller me coucher en me disant : « On verra bien demain ! »

Mchenga flavimanus, couple en reproduction
Mchenga flavimanus, couple en reproduction

Le lendemain matin, je fus surpris de ne voir aucune évolution : les comportements étaient toujours identiques. Le couple de Mchenga avait l’air de faire durer le plaisir, bien que la femelle semblait avoir la gorge légèrement gonflée. Avait-elle pondu ? En fait, non ! Les observations ont donc continué tout au long de la journée, comme la veille. En fin d’après-midi, devant m’absenter de la maison, j’ai stoppé mon observation pendant deux heures. A mon retour, je me suis précipité pour voir où ils en étaient. Joie et déception m’envahirent : joie, car la femelle incubait, mais déception, parce qu’ils avaient attendu mon absence pour se mettre au travail, me laissant sans observation ni photos de la ponte. Je finis par me faire une raison en me disant que j’aurais pu rater l’ensemble du spectacle.

Durant quelques jours, le couple a continué de tourner dans le bac en revenant régulièrement vers le nid. Le mâle, toujours en tenue de parade, continuait de l’entretenir et d’en chasser les intrus. La femelle, gorge gonflée, continuait de le suivre. Le spectacle se poursuivait !

Mchenga flavimanus, femelle en incubation
Mchenga flavimanus, femelle en incubation

Après un peu moins de 3 semaines d’incubation, souhaitant récupérer des jeunes pour les diffuser, j’ai isolé la femelle dans une cuve de 125 litres. Deux semaines plus tard, la femelle n’ayant toujours pas lâché les jeunes, je commençai à m’inquiéter sérieusement et me suis décidé à l’attraper pour voir ce qui se passait. Une fois dans l’épuisette, celle-ci lâcha tous les jeunes, avant même que je ne la sorte du bac. Tout le monde fut donc remis dans le bac pour voir le comportement de la femelle. Allait-elle reprendre ses petits en bouche ? Les avait-elle lâchés auparavant, les reprenant en bouche lorsque je rentrais dans la pièce ? Je n’aurai pas de réponse à ces questions, car après le coup de l’épuisette, la femelle s’est mise à ignorer complètement ses petits. Je les ai tout de même laissés ensemble jusqu’au lendemain, avant qu’elle ne rejoigne son bac d’origine où le château de sable du mâle avait presque complètement disparu. Les jeunes ont ensuite poursuivi leur croissance jusqu’au congrès 2010 à Vichy, où ils ont été diffusés au sein de notre communauté cichlidophile.

Depuis juillet 2009, le couple s’est reproduit 2 autres fois. En septembre 2010, disposant d’un peu de place dans un bac, j’ai conservé la dernière tournée comptant une douzaine de jeunes qui poursuivent leur croissance dans un bac de 125 litres. Le couple d’adultes est toujours dans l’aquarium de 520 litres, avec le groupe de Mylochromis lateristriga Makanjila et un mâle Lethrinops albus qui les a rejoint. Dans ma pièce à aquariums, Mchenga flavimanus est un des cichlidés que je compte parmi mes préférés, tant pour sa beauté que son comportement. Il mériterait d’être plus largement diffusé chez les amateurs. 

Bibliographie

  • Ad Konings – Les Cichlidés du Malawi dans leur milieu naturel – Cichlid Press – 4ème édition, p. 313 (Mchenga flavimanus)
  • Ad Konings – Les Cichlidés du Malawi dans leur milieu naturel – Cichlid Press – 3ème édition, p. 322 (Copadichromis flavimanus)
  • Ad Konings – Les Cichlidés du Malawi dans leur milieu naturel – Cichlid Press – 2ème édition, p. 325 (Copadichromis flavimanus)
  • Gabriel Hernando – Mchenga flavimanus, un bâtisseur ! – Revue Française des Cichlidophile – n°313, Novembre 2011, p. 22

Autres ressources sur le Web

Photo complémentaires