Abactochromis labrosus

Abactochromis labrosus (Trewavas, 1935), est une espèce de cichlidé endémique du lac Malawi. Il est le seul représentant du genre Abactochromis.

Description du genre

Abactochromis est un genre masculin, monotypique, dont l’espèce type, et unique espèce, est Abactochromis labrosus (Trewavas, 1935).

Description originale du genre :  Oliver, M. K. and M. E. Arnegard 2010 (septembre) – A new genus for Melanochromis labrosus, a problematic Lake Malawi cichlid with hypertrophied lips (Teleostei: Cichlidae). Ichthyological Exploration of Freshwaters 21(3): 209-232. Consulter en ligne →

L’étymologie du nom de genre vient du latin « abactus« , qui signifie chassé, banni, expulsé, et de « chromis », racine couramment utilisée dans les noms de genres de cichlidés. Le nom fait allusion au comportement solitaire et aux habitudes non territoriales des individus errants. Il rappelle aussi le retrait de l’espèce du genre Melanochromis, où elle était restée par erreur pendant 75 ans.

Abactochromis se distingue de Melanochromis par plusieurs caractères :

  • sa livrée à barres verticales, plutôt que les deux bandes horizontales de Melanochromis (disposées en sens inverse chez les mâles et les femelles) ;
  • ses lèvres hypertrophiées ;
  • sa tête comprimée aux mâchoires en bec ;
  • un nombre de branchiospines plus élevé ;
  • son nombre de vertèbres : 28 à 29, contre 30 à 33 chez Melanochromis.

Parmi les mbuna, c’est de Labidochromis qu’il se rapproche le plus. Ce dernier a toutefois une bouche bien plus petite, un pédicelle prémaxillaire plus court, de grosses dents antérieures, souvent couchées vers l’avant, et moins de branchiospines.

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Description de l’espèce

Description originale : Trewavas, E. (1935). A synopsis of the cichlid fishes of Lake Nyasa. Annals and Magazine of Natural History (10) 16: 65-118. Consulter en ligne →

L’espèce est décrite comme Melanochromis labrosus par E. Trewavas en 1935, à partir d’un unique spécimen, l’holotype BMNH 1935.6.14:321. Ce spécimen type est un juvénile de 42 mm SL, récolté par Cuthbert Christy en 1925 à Deep Bay (aujourd’hui Chilumba). Il est encore aujourd’hui le plus petit individu connu de l’espèce. Ses lèvres, peu marquées, se sont probablement rétractées dans l’alcool.

La description originale tient en quelques lignes de clé de détermination : lèvres prolongées en lobes pointus, 13 branchiospines sur la partie inférieure du premier arc, maxillaire n’atteignant pas l’aplomb de l’œil.

L’étymologie du nom d’espèce, labrosus, vient du latin labrum (« lèvre ») et du suffixe -osus, qui marque l’abondance ou le développement important d’un caractère. Il signifie « aux grosses lèvres », en référence aux lèvres hypertrophiées du poisson.

Noms d'espèces mis en synonymie

  • Cyrtocara labrosa (Trewavas, 1935)
  • Haplochromis labrosus (Trewavas, 1935)
  • Melanochromis labrosus Trewavas, 1935

Noms commerciaux

  • Haplochromis Labrosus
  • Melanochromis Labrosus

Noms vernaculaires

  • Nyamlepetu

Douze noms indigènes ont été recensés (Ambali et al., 2001), et Nyamlepetu, en langue tonga, est le plus fréquent. Ce même nom s’applique aussi à Placidochromis milomo et Placidochromis johnstoni,

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L’espèce

Abactochromis labrosus atteint une quinzaine de centimètres de longueur totale. Le plus grand individu connu dans le milieu naturel est un mâle récolté à Nkhata Bay. Il mesure 115 mm SL dans la publication de 2010 et 119 mm SL sur la page d’Oliver. La taille maximale dans la nature doit donc avoisiner 120 mm SL.

Le corps est assez haut, la tête grande et comprimée. Chaque lèvre, épaisse, porte un lobe médian recourbé. Les lèvres contiennent de nombreux bourgeons gustatifs (84 à 136 par mm² sur les deux spécimens étudiés en coupes histologiques).

Le corps est assez haut, la tête grande et comprimée. Chaque lèvre, épaisse, porte un lobe médian recourbé. Les lèvres contiennent de nombreux bourgeons gustatifs (84 à 136 par mm² sur les deux spécimens étudiés en coupes histologiques).

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Mbuna ou Haplochrominien : un cichlidé longtemps mal classé

A. labrosus est la seule espèce du lac Malawi dont le classement parmi les mbuna ou les haplochrominiens a été discuté sur des critères morphologiques, les auteurs se partageant entre les deux camps. En voici un petit historique :

  • 1935. Trewavas décrit Melanochromis labrosus et le place dans Melanochromis, genre qu’elle crée pour cinq espèces.
  • 1959-1972. Fryer, puis Fryer & Iles, popularisent le terme « mbuna » et y rangent M. labrosus.
  • 1973-1979. Eccles (1973) et Burgess (1976) y voient au contraire un haplochromine non-mbuna, comme Oliver (dans Loiselle, 1979). L’espèce circule alors dans la littérature aquariophile sous le nom Haplochromis labrosus (Loiselle, 1978 ; Merritt, 1978 ; Adler, 1979).
  • 1982-1983. Mayland (1982) l’appelle Cyrtocara labrosa et la range aussi parmi les haplochrominiens. Ribbink et al. (1983) la considèrent au contraire comme un mbuna, sous le nom Melanochromis labrosus. Dans cet ouvrage, David Lewis estime déjà qu’elle mérite un genre à part, mais ne l’a jamais publié.
  • 1989-1998. Eccles & Trewavas la maintiennent dans les mbuna..
  • 1996. Meyer et al. publient la seule étude moléculaire incluant l’espèce. Elle suggère, avec un faible soutien, une position basale par rapport aux autres mbuna.
  • 1997-1998. Bowers & Stauffer (1997) la maintiennent dans les mbuna. Konings (1998) juge à son tour qu’elle exige son propre genre.
  • 2004-2005. Konings (2004) la tient pour un mbuna, tandis que Genner & Turner (2005) soulignent que sa position reste incertaine.
  • 2010. Oliver & Arnegard créent le genre Abactochromis. Ils démontrent qu’elle n’est pas un Melanochromis et la rattachent, avec réserve, parmis les mbuna. Sa place exacte au sein du groupe reste incertaine.

Cette incertitude a eu des conséquences concrètes. Des exemplaires de Placidochromis milomo, un haplochrominien aux lèvres épaisses, ont été déposés dans des musées sous le nom Melanochromis labrosus.

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Distribution et habitat

A. labrosus est répandu sur les côtes de tout le lac, mais il semble rare partout où il est signalé. Un exportateur n’en voyait passer que 5 à 10 par an, sur environ 75 000 cichlidés. Les pêches à la roténone suggèrent toutefois qu’il est plus abondant que ne le laissent penser les observations en plongée.

Il semble absent des deux bras méridionaux, y compris au cap Maclear, malgré la présence d’habitats rocheux apparemment favorables. Oliver et Arnegard avancent une hypothèse : l’espèce aurait pu occuper autrefois cette région, avant la baisse du niveau du lac survenue il y a environ 18 000 à 10 700 ans. Elle n’aurait pas recolonisé la zone ensuite, car elle se disperserait moins efficacement d’un îlot rocheux à l’autre que d’autres mbuna comme Labeotropheus fuelleborni.

Selon Konings, on le trouve surtout autour des îles et sur les côtes nord-est, au nord de la rivière Ruhuhu.

Il fréquente les côtes rocheuses, où il se cache entre les blocs. Il a été observé de la surface jusqu’à environ 30 m de profondeur. Ribbink et al. (1983) ne l’ont trouvé qu’à moins de 8 m à Likoma. Oliver l’a récolté à 17-20 m à Nkhata Bay, et le record connu, 29-34 m, vient de Tchulutcha Reef au Mozambique. À Nkwichi Lodge, George Turner a observé un grand individu noir dans moins de 30 cm d’eau, près d’une touffe de roseaux, qui a disparu sous les rochers.

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Alimentation, comportement et reproduction

Abactochromis labrosus vit en solitaire, passant de roche en roche. Son alimentation n’a pas été étudiée en détail.

Selon Ribbink et al. (1983), il applique sa bouche étroite et ses grosses lèvres contre les fentes et les crevasses qu’il colmate. Il aspire ensuite les invertébrés benthiques et l’aufwuchs détaché dans l’espace ainsi isolé. Konings y ajoute de petits mbunas et des crustacés.

Son corps comprimé, à l’instar d’Altolamprologus compressiceps du lac Tanganyika, lui permet de se glisser dans les fentes étroites. Pour y pénétrer, il se couche sur le côté. Il se nourrit principalement dans les fissures horizontales à l’intérieur des grottes.

La fonction des lèvres fait débat. Oliver et Arnegard les jugent trop délicates pour frotter contre la roche. Leur densité en bourgeons gustatifs suggère plutôt un rôle sensoriel, comparable à celui des barbillons des poissons-chats, et les deux fonctions ne s’excluent pas. Fryer avait quant à lui supposé en 1959 un rôle tactile. Loiselle, cité par Merritt (1978), n’avait pas trouvé de tissu sensoriel dans les lèvres, ce que l’étude histologique de 2010 contredit.

Les mâles ne défendent apparemment ni territoire d’alimentation, ni site de ponte. Konings signale toutefois une agressivité de défense de la zone d’alimentation quand deux individus de l’espèce se rencontrent, mâles comme femelles.

La reproduction n’a jamais été observée dans la nature. L’incubation buccale maternelle est déduite de celle des autres mbuna et de la présence d’ocelles sur l’anale des mâles. Ces ocelles, typiques des incubateurs buccaux, sont censés guider la fécondation dans la bouche de la femelle. L’incubation buccale est confirmée par des reproductions réalisées en aquarium.

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Pour aller plus loin…

Bibliographie

  1. Oliver, M.K. & Arnegard, M.E. (2010). « A new genus for Melanochromis labrosus, a problematic Lake Malawi cichlid with hypertrophied lips (Teleostei: Cichlidae) ». Ichthyological Explorations of Freshwaters. 21(3):209-232. Consulter en ligne →
  2. Trewavas, E. (1935). A synopsis of the cichlid fishes of Lake Nyasa. Annals and Magazine of Natural History (10) 16: 65-118. Consulter en ligne →
  3. Ribbink, A.J., Marsh, B. A. & Sharp, B. J. (1983). « A preliminary survey of the cichlid fishes of rocky habitats in Lake Malawi ». South African Journal of Zoology (Zool. Dierkunde). 18(3): 149-310. Consulter en ligne →
  4. Konings, A.F. (2001). Les Cichlidés du Malawi dans leur milieu naturel, 2ème édition, Cichlid Press. — p. 212 (Melanochromis labrosus)
  5. Konings, A.F. (2006). Les Cichlidés du Malawi dans leur milieu naturel, 3ème édition, Cichlid Press. — p. 179 (Melanochromis labrosus)
  6. Konings, A.F. (2007). Les Cichlidés du Malawi dans leur milieu naturel, 4ème édition, Cichlid Press. — p. 172 (Melanochromis labrosus)
  7. Konings, A.F. (2003). Le guide Back to Nature des Cichlidés du Malawi (2ème éd. révisée et augmentée). Éditions Ad Konings. ISBN : 978-2950962768. — p. 140 (Melanochromis labrosus)

Edition de l’article

3 mars 2012 : Edition initiale
10 septembre 2026 : Reprise de la mise en forme, avec compléments d’informations.
2/10/2026 : ajout de quelques précisions et corrections

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